Les Cars

LES CARS, chef-lieu de commune du canton de Châlus, qui a une superficie de 1 911 hectares et 883 habitants (recens. de 1906). Son altitude au-dessus du niveau de la mer est de 341 mètres près du bourg ; mais dans la forêt des Cars, qui couvre le sud de cette commune et une partie de celle de Bussière-Galant, elle s’élève jusqu’à 531 mètres. 
 

  • Histoire ecclésiastique

Ramnulphe de Lastours, doyen du chapitre de Saint-Yrieix, donna au monastère de Saint Martial le village des Cars (de Cadris ou de Quadris) au XIe  siècle. Il en dépendait en 1097. Les moines ne tardèrent pas à y installer une chapelle, puis une prévôté qui existait en 1408 et 1429. Elle avait pour fête patronale la Nativité de la Sainte-Vierge, jadis sainte Madeleine. Elle fut unie à la cellererie de la cuisine de Saint-Martial, puis à la mense capitulaire, lors de la sécularisation du monastère en 1535.

L’église paroissiale était une annexe de Flavignac dès 1530. Sa fête patronale était Sainte Croix, ou mieux la Nativité de la Sainte-Vierge, et jadis sainte Madeleine. Sur la fin du XVIIIe siècle on y comptait 880 communiants (environ 1 173 habitants). Les prédécesseurs de Gauthier de Pérusse, chevalier, seigneur des Cars, y avaient fondé une vicairie dont la guerre et les destructions qui la suivirent avaient empêché le service ; par son testament du 26 janvier 1455, il veut que ce service soit repris.

Gauthier de Pérusse et son épouse, Anne de Montbrun, en fondèrent deux autres en 1531. Le titulaire de ce bénéfice était chargé de dire la messe au château des Cars, tous les dimanches et fêtes de l’année, excepté les fêtes annuelles et la patronale de l’église paroissiale. En 1771, un dominicain nommé Ribière, dit Faye, possédait ce bénéfice et résidait aux Cars. Jusqu’à la Révolution, les successeurs des fondateurs y nommaient les titulaires, C’était Claude de Caussade, comte de Lavauguyon, en 1604. Jacques Estuart de Caussade en 1622. Nicolas Stuart de Queylus, seigneur de Varaigne, en 1675 et 1714. Antoine-Paul-Jacques de Quelen de Caussade et des Cars en 1744 et 1766.

Dans l’église paroissiale des Cars, le chœur et le transept paraissent dater du commencement du XIe  siècle. La nef qui se compose de trois travées et dont la voûte est ornée de nervures prismatiques, a été restaurée au XVe siècle. L’écusson de la famille des Cars était sculpté sur la clef de voûte et sur la porte d’entrée.

On lit sur la cloche de cette église : « François, comte des Cars, marquis de Pransat, baron d’Aixe et de la Renaudie, comte de Saint-Bonnet, Saint-Ybard, La Roche-l’Abeille, Ortebise, Barest Lagon et autres places, parin. Marie-Françoise-Victoire de Verthamont, marquise des Cars, lieutenante-générale pour le roi au gouvernement du Haut et Bas-Limousin, mareine. F. Brun, curé. P. Jarry, F. Dubois, FA. (fabriciens ?) 1714. Marc Baraud, fondeur. »

Cette église possède un reliquaire du XIIe  siècle fort remarquable. C’est une croix ornée de filigranes d’argent qui courent en légers rinceaux sur un fond de vermeil. Elle est enrichie de pierreries aux diverses couleurs : rubis, émeraudes et améthistes. Parmi les intailles qui la décorent, on remarque une tête d’impératrice et David jouant de la harpe. Le pied de cette croix est d’une date plus récente ; il porte d’un côté l’écusson des Cars : de gueules au pal de vair, et de l’autre mi-parti des Cars et de Bessey, d’azur à trois quintes feuilles d’argent. Ce sont les armes de Charles des Cars, qui avait épousé le 10 août 1587 Anne de Bessey.


Les curés des Cars, depuis le Concordat, sont :
- Léonard Dussoubs, qui avait été déporté pendant la Révolution, nommé en 1803.
- Louis Léonard de Loménie, en 1811.
- Jean-François-Thomas-Augustin Guillaumaud, en 1824.
- N… Mergoux y était en 1829.
- Joseph-Marie Lavialle, nommé en 1831.
- Guillaume Thuiller en 1837.
- Jean Reix, en 1844.
- François Picaud en 1847.
- Jacques-Emile Deschamps en 1851.
- François Mabay en 1871.
- Jean- Baptiste Moreau en 1883.
- Louis Michelon en 1900.

Il y a eu aux Cars un couvent de Minimes, fondé par Jacques, comte des Cars, chevalier des ordres du roi, etc., le 12 juillet 1612.

 

  • Histoire civile

Le lieu des Cars était habité à l’époque romaine, comme le prouvent des restes de constructions de cette époque, qu’on y a découverts en 1875, à huit cents mètres du bourg, au lieu-dit Les Carillons.

Un premier château y fut construit au XIIIe  siècle ; il en reste une petite tour ronde avec éperon, portant des meurtrières en forme de croix, et des caves sur lesquelles est bâtie une maison aujourd’hui sur le bord de la route. C’est à la fin du XVe siècle, au commencement du XVIe, que fut construit le second château aujourd’hui ruiné. Ses ruines ne peuvent pas donner une idée de l’ancienne splendeur de cette résidence, dont il ne reste que deux grosses tours à moitié démolies, quelques pans de murailles et des fossés en partie comblés. L’inventaire qui y fut [fait] le 6 novembre 1793 le dit « composé de cinq gros pavillons et de fossés. Tout autour une belle terrasse. Sur les quatre faces dudit château, quatre portes cochères aboutissant sur la terrasse ». 

En 1778, le seigneur des Cars y fit faire beaucoup d’améliorations, et surtout d’immenses et superbes jardins qui étaient les plus beaux de toute la province. Au midi du château on voit encore les vastes écuries qui en dépendaient. Elles ont été construites au XVIe siècle et sont décorées d’élégantes mansardes à clochetons.

Pendant trois siècles ce château a fait la fortune de la contrée, jusqu’au jour où la Révolution l’a détruit. Ces destructions n’ont jamais été profitables aux habitants du pays. Bien des fois on en a fait l’observation. « Avant la Révolution, deux communes voisines possédaient chacune un château dont elles portent encore le nom, habités, l’un par la famille de Lastours, l’autre par celle du duc des Cars. Le bien-être y régnait ; mais le souffle délétère de 93 vint à passer dessus ! Les hôtes furent chassés, leur habitation détruite. Les ruines seules restent, l’aisance a disparu, et ces deux communes, jadis prospères, sont les plus malheureuses du pays ».

Le château des Cars était en la possession des Anglais en 1373. Ils y avaient établi une garnison, mais ils en furent chassés par le connétable Duguesclin. Plus tard, en 1569, l’amiral de Coligny le prit aussi. Les de Barri étaient seigneurs des Cars. Par un accord fait le 24 août 1354 entre noble dame Pétronille, veuve de Bertrand de Barri, chevalier, seigneur des Cars, et noble Ramnulphe de Pérusse, fils d’Audoin de Pérusse et dame Arzencio de Barri, Ramnulphe de Pérusse devint seigneur des Cars. Les armes des Pérusse des Cars sont : de gueules au pal de vair. 

La châtellenie des Cars fut érigée en comté par lettre de Charles IX, entre 1560 et 1574. La maison des Cars est une des plus illustres du royaume ; elle a donné le jour à plusieurs maréchaux de France et à plusieurs secrétaires d’État. On remarque aussi parmi ses membres : Ramnulphe de Pérusse des Cars, élu évêque de Limoges en 1412, par le chapitre de la cathédrale, et transféré sur le siège de Mende. Charles de Pérusse des Cars, évêque de Poitiers en 1564, évêque de Langres en 1571, mort en 1614, doyen des évêques de France et chevalier du Saint Esprit, auteur d’une harangue aux ambassadeurs de Pologne venus en France. On trouve trois membres de la famille de Pérusse des Cars dans la première nomination des membres de l’ordre du Saint-Esprit. Un d’eux était François de Pérusse, comte des Cars, gouverneur du Limousin en 1568.

Le château des Cars, en 1557, reçut la visite d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, roi et reine de Navarre, vicomte et vicomtesse de Limoges. Les registres consulaires de Limoges, dans la relation de ce voyage, rapportent que « les dits seigneur et dame, s’acheminant vers la présente ville, arrivèrent le 19e de décembre au château des Cars, et le lendemain, partant d’icelui, s’en allèrent au château d’Isle », où les consuls de Limoges allèrent leur porter les clefs de la ville.

Le dernier propriétaire de ce château était Louis-François-Marie de Pérusse, comte des Cars et de Saint-Bonnet, marquis de Pranzac, baron d’Aixe, de La Renaudie, des Cars, de Lastours, de La Roche-l’Abeille, etc., chevalier des ordres du roi, son lieutenant général commandant la province du Haut et Bas-Limousin : il fut député de la noblesse du Limousin aux États généraux en 1789.

Avant la Révolution, on voyait sur la porte du château des Cars, et aussi au château de La Roche-l’Abeille, dit-on, une plaque de serpentine sur laquelle était gravée cette inscription : Charles, seigneur des Cars, Fort amateur des arts, Fut le premier qui, par merveille, Inventa ce beau marbre en son Roche-l’Abeille.

C’est vers 1580 que Charles de Peyrusse, comte des Cars, fit placer cette inscription. Mais, contrairement à ce qu’elle affirme, il ne fut pas le premier qui découvrit cette pierre imitant le marbre. Les carrières de serpentine de La Roche-l’Abeille avaient été exploitées par les Romains, et, aux XIe et XIIe siècles, elles avaient donné de leurs produits à plusieurs églises du diocèse : à Solignac, au Dorat, à Uzerche, etc.

Ruiné pendant la Révolution, ce château ne conserve aujourd’hui que des tours à moitié démolies, soutenant encore quelques murailles des étages supérieurs. M. le duc des Cars en est propriétaire.

Une chapelle de la Sainte-Vierge, dite chapelle du Pont, existait près des Cars en 1641. Sa fête était la Nativité de la Sainte-Vierge. L’évêque de Limoges, en 1602, nommait un titulaire à une vicairie qui y avait été fondée. Le seigneur de La Vauguyon en présentait un en 1675.

  • Lieux-dits

Les villages de cette commune sont :

Bord.
Borderies (Les).
Borie (La).
Breuil (Le).

Chenevières (Sainte-Catherine de). — Gautier de Pérusse donna en 1455 pour bâtir une chapelle en ce lieu, sous le vocable de sainte Catherine. Elle dépendait de Puybonnieu, qui était un membre de la commanderie de Limoges.

Dognon (Le).
Goupilière (La).
Peines (Les).
Petit-Mont.
Plaisirs (Les).
Roche (La).
Rulard (Le).

Salmur ou Sermur était une celle de l’ordre de Grandmont fondée par les seigneurs de Lastours vers 1164. Elle était sous le patronage de la Sainte-Vierge et de saint Hilaire de Poitiers. On voit que l’abbé de Grandmont y nommait des titulaires en 1561, 1582, 1593, 1598. Sa chapelle tombait en ruines en 1610. La prieure du Chatenet y fit aussi une nomination à cette dernière date. Elle avait été unie à ce monastère par la bulle de 1318.

Tailladis.
Texière (La).
Valois (Le).
Vaudel.
Vigne (La).

Source : Dictionnaire historique et géographique de la Haute-Vienne, de l'Abbé André Lecler (1834-1920) - Archives 87